Big Brother et les machines à voter...
Par Sid,
dimanche 21 janvier 2007 à 20:00 :: (In)Sécurité
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e septième palmares des Big Brother Awards France a été décerné hier soir samedi. Il met à l'honneur les personnalités ou sociétés qui se sont distinguées en 2006 par, je cite, "leur mépris du droit fondamental à la vie privée ou par leur promotion de la surveillance et du contrôle des individus" en leur remettant un des cinq prix Orwell.
Aux côtés des grands gagnants que sont Nicolas Sarkozy, dans la catégorie hors-compétition, Jacques Lebrot, sous-préfet de Seine-St-Denis, pour sa politique salariale originale, Sony-BMG pour les raisons que l'on sait, Paul Anselin, maire de Ploërmel dans le Morbihan, pour son recours massif à la vidéosurveillance, Frédéric Péchenard, directeur de la Police Judiciaire, partisan du fichage génétique généralisé et enfin Pascal Clément, garde des Sceaux, pour l'ensemble de son œuvre, on trouve également Pierre Muler, webmaster de Ordinateurs-de-vote.org, lauréat ex-aequo du prix Voltaire attribué à ceux qui, au contraire des précédents, se font remarquer "en luttant et manifestant contre la surveillance arbitraire", pour son site contre le vote électronique.
Si je mets l'accent sur ce prix en particulier, c'est parce qu'au contraire des autres qui reposent sur la sensibilité de chacun par rapport à ce qui est adminissible en terme de surveillance des individus, celui-ci s'appuie sur des arguments techniques indiscutables que les partisans des machines à voter se plaisent à ignorer. Voilà, c'est dit, non, je n'aime pas les machines à voter qu'on voit fleurir à droite et à gauche. Non pas que je sois contre le progrès, mais parce qu'il est évident qu'elles n'apportent pas les garanties nécessaires au déroulement d'une élection démocratique que sont le manque de transparence, de contrôle ou encore de sécurité tout simplement. Tout simplement parce que le vote électronique pose des problèmes, certes intéressants, mais qui n'ont malheureusement pas de solution technique actuellement.
Ceux qui l'appellent de leurs vœux feraient donc bien de s'intéresser un peu à l'actualité. Ainsi, récemment, le "Princeton Center for Information Technology Policy" publiait une étude technique d'un rejeton de la dernière génération de machines à voter de la tristement connue société Dielbold, l'AccuVote-TS. Ce rapport montre la possibilité pour un attaquant accédant physiquement à l'équipement, donc potentiellement n'importe quel votant, d'accéder au stickage de masse et y installer du code arbitraire pour, par exemple, enregistrer et/ou modifier les votes. Inquiétant, surtout quand on s'aperçoit que cette machine s'ouvre avec une clé standard, que n'importe qui peut acheter chez le serrurier du coin ou même fabriquer lui-même à partir de la photo disponible en ligne sur le site même de Diebold... Et puis l'excellent "How to steal an election by hacking the vote" publié sur Ars Technica[1] qui dresse un panorama plutôt effrayant de la situation. Il devraient également lire, et relire, le rapport d'une étude sur une machine à voter Nedap utilisée dans 90% des élections aux Pays-Bas, en Irlande, en Allemagne ou encore en France. Un résumé de ce rapport avait d'ailleurs été présenté en lightning talk at Hack.lu. Parmi les attaques décrites, on retrouvera le coup de la clé standard, l'exécution de code arbitraire sur la machine, illustrée par la transformation de l'équipement en jeu d'échec électronique, l'espionnage des votes par étude des radiations.
Mais malgré ces arguments reproductibles et difficilement réfutables, ainsi que les nombreuses erreurs de décompte référencées connues comme l'histoire de ce candidat se retrouvant crédité de zéro vote alors qu'il affirme avoir coté lui-même pour lui ou cette inversion spontanée et aléatoire de bit, on continue à nous promettre le vote facile, avec la solution "la plus sécurisée et la plus accessible, aussi bien pour les électeurs que pour les services élections". Sans parler de ceux qui avancent aujourd'hui le vote en ligne. Permettez-moi de douter... Mais le vote électronique, c'est à la mode. Comme tout ce qui peut réduire une intervention humaine coûteuse comme l'impression de billets des train à la maison ou l'enregistrement en ligne ou par téléphone des billets aériens électroniques. Mais si ces derniers exemples se basent sur une réflexion autour des problèmes posés par ce type de solutions, le vote électronique a l'air d'être poussé sans le moindre questionnement, à simplement commencer par sa rentabilité. Viennent ensuite sa fiabilité et sa transparence. Simple constatation : alors que les discussions autour des scrutins classiques sont rapidement dissipées par des comptes et recomptes contradictoires, personnne ne parvient à apporter la preuve que les problèmes de décompte attribués au vote électronique sont faux. Voire tout simplement les expliquer. Est-ce que cela qu'on inspire la confiance ? Non. Or, la confiance est un élément crucial dans la démarche démocratique, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il souffre énormément ici.
Et quid de la fraude ? Vol d'identifiant, usurpation, faux votes, altération des comptes, etc. ? Les travaux sur les machines Dieblod ou Nedap apportent visiblement la preuve que ces attaquent sont possibles malgré les affirmations répétées des porteurs de la technologie. Et ça ne tient pas compte des simples problèmes opérationels. Tenez, l'identification de la personne par exemple. Qu'est-ce qui va vous prouver que la personne qui vote est bien celle qui se tient devant la machine, à moins de recourir au bon vieil assesseur ? Et par Internet, on fait comment ? Et la liberté de choix, qui ne repose que sur le secret du vote ? Comment garantir le secret d'un vote qu'on fait sur une machine susceptible de faire tourner du code malveillant ou sur un ordinateur à domicile potentiellement corrompu, écouté ou qu'un tiers épie par dessus votre épaule ?
Non, franchement, j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je n'aime pas les machines à voter.
Notes
[1] Mentionné par Benja sur Linuxfr.
Commentaires
1. Le lundi 22 janvier 2007 à 20:21, par jme
2. Le lundi 22 janvier 2007 à 23:55, par Yann
Réponse de Sid
3. Le mardi 23 janvier 2007 à 17:17, par Yom
4. Le mercredi 24 janvier 2007 à 00:50, par newsoft
5. Le mercredi 24 janvier 2007 à 15:23, par bouloute
Réponse de Sid
6. Le jeudi 25 janvier 2007 à 09:34, par Yom
7. Le vendredi 26 janvier 2007 à 13:46, par Sid
8. Le lundi 29 janvier 2007 à 21:04, par Yann
Réponse de Sid
9. Le mercredi 31 janvier 2007 à 18:10, par Tyop
10. Le jeudi 8 février 2007 à 15:00, par bouloute
11. Le samedi 31 mars 2007 à 02:03, par P.Leroux
Réponse de Sid
12. Le mardi 17 avril 2007 à 15:04, par Francky
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