Vous n'imaginez pas le choc. Je voyais déjà Alice souiller chevelure d'or et robe noire satinée en se faufilant dans les caves du quartier[1] pour recâbler chaque habitant l'un après l'autre et retirer à la mimine les 1233 mètres de paire cuivrée qui me séparent du nœud de raccordement le plus proche. Grâce à quoi, un nouveau monde s'ouvrirait à moi : 20Mbps sur l'Internet mondial, le téléphone gratuit dans toute la galaxie et pléthores de chaînes de télévision à ne plus savoir quoi regarder. J'en avais presque baissé ma garde...

Heureusement, les vieilles habitudes reviennent vite et le Jean-Pierre Coffe qui hurlait à la mort au très fond de mon être devant cet étalage de conneries m'a permis de reprendre du poil de la bête. Malheureusement, je n'avais pas le temps d'entamer une discussion qui s'annonçait pourtant fort intéressante et riche en rebondissements :

  • savoir si Alice se faisait mal aux genoux en rampant dans les bas-fonds parisiens et si elle avait peur des rats ;
  • sa réaction quand elle croiserait au détour d'un égout le grand méchant Free en train de poser ses fibres optiques ;
  • comparer les offres des différents fournisseurs d'accès dégroupés ;
  • se perdre en conjecture sur le design des boitiers et en particulier le leur ;
  • etc.

Non, pas le temps, mon problème de mot de passe expiré était prioritaire et à bien y réfléchir, ce n'était pas plus mal. Après leur avoir demandé s'ils se moquaient de moi, et devant l'aplomb impressionant qu'accompagnait la persistence de leur réponse, je n'ai eu d'autre choix que de sortir l'argument définitif : "je suis déjà chez Free, j'ai déjà tout ça et des trucs sympas en plus, pour le même prix, et ça marche". J'attendais une remarque mesquine sur les quatre centimes d'euros que j'aurais pu économiser, l'évocation de la hotline gratuite qui remplacerait avantageusement SOS-Déprime les soirs de grande solitude ou encore les trois mois offerts, mais non. À peine s'enquièrent-ils de savoir depuis combien de temps je suis abonné (?!) et lâchent finalement l'affaire pour monter d'un étage.

Affaire pliée en moins de trois minutes. Chouette. Mais encore un exemple parmi tant d'autres de ce que d'aucuns n'hésitent pas à avancer pour fourguer un produit ou un service, quel qu'il soit. Je suis d'ailleurs sûr que ces gens là sont des professionels du démarchage, vendant des chaussettes qui font maigrir une semaine, des crèmes à récurer à l'huile d'olive la suivante en passant par un week-end spécial brosses à cheveux lustrantes à la cire d'abeille de Norvège. Mais bon, au final, j'ai pu récupérer mon mot de passe[2], mais certainement pas grâce aux nouveaux (?) DSLAMs d'Alice....




PS : je tiens tout de même à préciser que je n'ai rien contre Alice en tant que fournisseur d'accès, c'est juste que je trouve ce genre démarchage, qui n'est pas sans rappeler certaines pratiques à priori révolues, inadmissibles, même de la part d'un prestataire...

Notes

[1] À force de fréquenter des mineurs...

[2] Sans violer aucune procédure ni mettre qui que ce soit dans l'embarras...