Cette anecdote pour le moins cocasse montre l'impressionnante naïveté de la requête :

From: Todd Shriber (nascar24_08530@yahoo.com)
To: lyger@attrition.org
Date: Wed, 9 Aug 2006 12:58:29 -0700 (PDT)
Subject: Question for you or other Attrition members

Lyger - I came across Attrition.org for the first time. I
enjoyed the site though I am not an expert with computers.
That brings me to my next point: I need to urgently make
contact with a hacker that would be interested in doing a
one-time job for me. The pay would be good. I'm not sure what
exactly the job would entail with respect to computer jargon,
but I can go into rough detail upon making contact with a
candidate. Thanks for your help.

Il se présente d'emblée sous son véritable nom ! Dans les courriers qui suivront, il détaillera plus amplement ses besoins et, faisant suite aux demandes les plus délirantes, fournira les informations qui permettront finalement de l'identifier sans aucune ambiguité, malgré quelques perches et avertissements assez clairs :

My school is Texas Christian University. www.tcu.edu
My student ID is 1XXXXXXXXXX
To view my transcript, the username is TXXXXXXXX and the
password is tXXXXXXX

L'histoire va faire beaucoup de bruit. Passé la phase classique de déni, il reconnaitra finalement les faits, en perdra son emploi et finira même par se voir épinglé dans Wikipedia.

Mais ce qui m'interpelle le plus ici, c'est bien plus que la naïveté de la requête, mais l'incroyable bêtise qui a poussé cet homme à se mettre dans une telle situation ! Quelque chose qui m'a toujours surpris chez le prophane en informatique, c'est cette soudaine incapacité à raisonner comme il le fait devant un four, une machine à laver ou une voiture dès lors qu'il touche à la Chose informatique. Des pratiques qui lui paraîtrait impensables dans des contextes plus familiers passent comme des lettres à la poste dès qu'il s'agit d'informatique. Pourquoi ? J'ai arrêté de me poser la question et l'ai admis tel un axiome : l'ordinateur rend con. Bref, imaginons trente secondes le père Todd cherchant à se pourvoir en substances illicites. Pensez-vous qu'il se serait addressé à visage découvert au premier gars ressemblant vaguement à l'image qu'il se fait d'un dealer ? Je ne pense pas. Ça tombe tellement sous le sens. Pourtant, s'agissant de pénétrer le réseau de cette université, c'est exactement ce qu'il va faire. Et forcément s'en mordre les doigts.

Plus loin que cela, il est intéressant d'observer la représentation populaire de la sécurité informatique en général, telle qu'on peut la voir à la télévision, au cinéma ou l'entendre à la radio. Vous savez, le fait qu'Internet ne soit qu'un repaire de mafaisants, l'antre du démon, un monde sans foi ni loi, même pas celle du plus fort. LE fait qu'on puisse trouver des pirateurs à gage au coin de la rue. Etc. Tout cela est, je trouve, fort enrichissant. Loin de me sentir l'âme d'un sociologue se lançant à l'assaut de quelque phénomène de société, j'ai quelques idées sous le coude, et sur la question, à vous livrer dans de futurs billets. L'année prochaine.