DRM : trois fois de la mauvaise foi...
Par Sid,
mardi 20 février 2007 à 13:03 :: DRM
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ans une lettre ouverte du 6 février, Steve Jobs ajoute son grain de sel à la polémique sur les protections des morceaux musicaux disponibles en ligne. Au terme d'une longue argumentation, il y dénonce l'hypocrisie des maisons de disque et se prononce pour la suppression pure et simple des DRM. Denis Olivennes, PDG de la FNAC, lui emboite aussitôt le pas. Dans une interview accordée à Libération, il réaffirme son opposition aux DRM actuels en clamant que les verrous numériques des DRM sont aujourd'hui une incitation au piratage
.
On s'attendait à une prompte réaction du camp adverse. Alors que les majors se murent dans un silence coupable, c'est Fred Amoroso, président de Macrovision, société célèbre pour son système anticopie pour cassettes VHS, qui se lance à l'assaut des réflexion du patron d'Apple. Dans sa réponse, il nous livre une vision pour le moins intéressante des DRM.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que ces trois interventions, faute de faire avancer la situation, lancent le débat. Pour autant, au vu des résultats qu'ont produits toutes les discussions autour du projet DADVSI, on ne peut que s'interroger sur l'avenir d'une réflexion qui veut s'attaquer au fond du problème...
Car effectivement je m'interroge, et le moins qu'on puisse dire, c'est que je suis assez pessimiste sur l'issue. Pourtant, que des poids lourd du secteur comme Apple ou la FNAC arrivent par leur prises de position à faire bouger les majors seraient formidable. Mais est-ce possible pour autant ? Et surtout, à quoi seraient-ils prêts pour imposer leur point de vue ? À pas grand chose manifestement.
Prenons le cas d'Apple pour commencer. Steve Jobs nous gratifie d'un déballage de bons sentiments sur une situation dont la réalité semble pourtant lui avoir échappé longtemps. L'argumentation, certes étayée ici par quelques chiffres[1] et manifestement généralisable à l'ensemble du marché des balladeurs numériques, comme quoi les iPods contiennent une majorité écrasante de morceaux non protégés n'est pas nouvelle. C'est une des bases des argumentaires anti-DRM. "Welcome to the world, Neo"... Argument irréfutable, mais manifestement pas convaincant pour l'industrie de la musique puisqu'il reste lettre morte depuis quelques années. C'est pourtant là-dessus que Jobs s'appuie pour nous justifier l'abandon des DRMs, lui que ça n'a pas dérangé plus que ça de nous coller du FairUse à tout va sur l'iTunes Music Store[2]. N'est-ce pas plutôt le coût pour maintenir leur DRM à niveau qui serait responsable de ce changement de cap ? On est en droit de se poser la question. D'autant plus si on se rappelle l'intervention d'Apple au cœur de la polémique DADVSI pour le retrait pur et simple de la clause d'interropérabilité du projet.
Pour la FNAC, la situation est quelque peu différente puisque Denis Olivennes semble se positionner par rapport aux DRMs comme une girouette dans une tornade... Après avoir invité ses clients à passer outre les protections des morceaux musicaux[3] pour mieux remplir leur balladeur[4], il changer radicalement de position au lendemain des amendements en faveur de la licence globale dans une tribune, toujours sur Libération, intitulée "Non au pillage légal du répertoire musical". Un an plus tard, le voici donc revenu sur ses positions, opposé aux DRM, emboitant le pas du charismatique Steve Jobs. En fait, pas tout à fait comme le remarque très justement Tristan Nitot, il est contre les DRM tels qu'ils sont implémentés actuellement, c'est à dire quand ils ne sont pas interropérables, donc mauvais pour son business ! Quand il n'avait qu'une petite plate-forme de distribution en ligne, c'était caca, quand elle a commencé à grossir, c'était bien, et maintenant que ça coûte cher, c'est re-caca. Question de point de vue...
Intéressons-nous maintenant à la position de Macrovision, car c'est la plus intéressante à mon avis. Intéressante non pas parce qu'elle regorge de d'intelligence, mais par la savante dose de mauvaise foi qu'elle arrive à distiller en si peu de lignes. Fred Amoroso y avance quatre points. Premièrement, les DRM ne concernent pas que la musique. Et il a raison ! Mais Jobs tire l'essentiel de son revenu de la musique, le reste, il s'en fout, ou presque, pour le moment. Idem pour Olivennes que ça ne dérange pas de fourguer à tout va des équipements HDTV pleinement compatibles HDCP qui ne manquera pas de gonfler l'utilisateur bien au-delà de ce qu'il a pu connaître avec la musique. Je vous prépare à ce sujet un billet, tiré de l'expérience d'Arnaud qui voulait s'acheter un écran plat Full-HD. Édifiant... Bref, oui, les DRM ne concernent pas que la musique. Et on devrait s'en réjouir ? Deuxièmement, les DRM n'enlèveraient rien au consommateur. Ben oui, avant, quand vous achetiez un CD, il coutait cher parce vous pouviez l'écouter partout. Alors que grâce aux DRM, si vous voulez, vous ne pouvez l'écouter que sur un seul équipement et il vous coûte moins cher. Idem pour l'achat de films que vous pouvez maintenant louer. Hallelujah ! Vive les DRM ! C'est un peu vite oublier à mon avis qu'à 0,99EUR le morceau, un album de 12 morceaux ne revient pas tellement moins cher qu'un CD acheté à dans le commerce. Sauf que là, vous ne pourrez pas le lire sur votre chaîne Hi-Fi ou votre votre autoradio[5] à moins d'y connecter le balladeur adhoc. Super progrès. Non, en fait, les DRM, c'est super bien, parce qu'en économisant une poignée d'euros, vous n'êtes plus propriétaire de rien. Et c'est bien connu, tout bien que tu détiens est un soucis qui te retient
. Merci donc. Troisièmement, les DRM vont encourager la distribution de contenu numérique. C'est l'argument qu'on nous sort depuis cinq ans et que les faits, décidemment têtus, se bornent à réfuter. La distribution de contenu se développe, mais complètement en marge des plate-formes légales pourries de protections. Désolé M. Amoroso, mais sur ce point là, vous avez tout faux. Enfin, quatrième point, les DRM doivent être interropérables ! Tout pareil que M. Olivennes. La candeur du discours fait plaisir à voir :
As an industry, we can overcome the DRM challenges. A commitment to transparent, interoperable and reasonable DRM will effectively bridge the gap between consumers and content owners, eliminate confusion and make it possible for new releases and premium content to enter the digital environment and kick off a new era of entertainment.
Sauf que dans la pratique, les gens comme Macrovision, Apple, Microsoft et autres n'arrivent pas à se mettre d'accord. Ça fait des années que ça dure, comme si ça allait changer demain...
Suite à tout se déballage que je qualifierais de franche mauvaise foi, voici ce qui me reste à l'esprit :
- Apple est un éditeur de DRM qui a pesé par ses menaces sur les discussions autour du DADVSI. Il fait aujourd'hui marche arrière se positionnant contre les DRM. Trop cher ? Ou c'est juste pour couper l'herbe sous les pieds de Microsoft avec ses DRM intégrés dans Vista ? Et pourquoi pas les deux ?
- La FNAC est un distributeur dont l'avis change au gré du vent, mais qui s'est radicalement positionné contre la licence globale. Et qui continue à vendre sous DRM en attendant le miracle sur lequel personne ne semble travailler : le DRM interropérable...
- Macrovision nous abreuve de bons sentiments et de DRM gentils avec des cœurs brodés dessus. Amoroso devrait poser sa candidature pour le Bisounours de l'année, il a de sérieuses chances.
On me rétorquera qu'en ces temps de campagne électorale, je ne devrais pas m'étonner de tant de démagogie. Effectivement. Mais ça me fait mal. Parce que même si ces belles paroles se trouvaient suivies d'effet, le mal est déjà fait. Nous sommes à présent soumis en France à un arsenal juridique liberticide autour de la distribution de contenu numérique qui ne risque pas d'inciter le marché, et en particulier les majors, à bouger. Alors qu'il y a un an, si ces gens s'étaient exprimé dans des termes similaires, ils auraient peut-être pu peser sur l'autre branche de la balance, ce qui n'aurait pas été de trop face aux écarts de certains. Il est d'une part un peu tard pour les bons sentiments, quand la loi conforte les majors dans leur aveuglement archarné, et d'autre part, il est quelque peu facile de prendre position quand ça n'engage plus à rien, surtout quand on se borne à rejeter la faute sur les autres, façon c'est pas moi, c'est les méchantes majors qui m'obligent
. On sent bien que ça va faire bouger schmiblick.
Où en est-on aujourd'hui ? L'industrie dont font partie messieurs Amoroso, Olivennes et Jobs, qu'ils le veuillent ou non parce que maillon de la longue chaîne qui relie l'artiste au consommateur[6], n'est toujours pas parvenue à se mettre d'accord. C'est à se demander si elle essaye d'ailleurs. Et sans vouloir leur jeter la pierre trop violemment, deux d'entre eux sont à l'origine de protections... non-interropérables. Le seul consensus qu'ils parviennent à atteindre, suivis de près par Dave Goldberg de Yahoo Music, c'est que les DRM, en l'état, sont mauvais pour le business et qu'il va falloir agir. Quant à la solution à adopter, là encore, les avis diffèrent... Encore et toujours...
Notes
[1] Dont on ne connait pas l'origine ceci dit...
[2] Ah ouais, mais c'est pas sa faute, c'est eux qui l'ont obligé !
[3] Qu'ils achetent chez les autres...
[4] Qu'ils achetent chez lui...
[5] Ceci étant, pour certains CD que je boycote, c'est déjà le cas...
[6] J'adore le concept de consommateur d'œuvre artistique...
Commentaires
1. Le mardi 20 février 2007 à 17:36, par badabing
Réponse de Sid
2. Le mardi 20 février 2007 à 17:50, par jme
3. Le mardi 20 février 2007 à 17:52, par badabing
Réponse de Sid
4. Le mardi 20 février 2007 à 20:21, par Nono
5. Le mercredi 21 février 2007 à 07:52, par Travis
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