L'auteur y avance trois raisons au fait que WEP reste autant utilisé malgré les nombreuses attaques qui permettent d'en venir à bout.

  • WEP est disponible sur tous les équipements Wi-Fi, ce qui n'est pas le cas de WPA ou WPA2 ;
  • c'est toujours mieux que rien et ça permet de détourner le pirate vers des cibles plus faciles, comme votre voisin du dessus par exemple qui fait tourner son AP en clair ;
  • enfin, la présence de WEP permet de caractériser l'intention d'un éventuel pirate qui utiliserait l'accès.

Si je ne lui donne pas raison, en particulier sur les deux derniers points, force est de constater qu'il n'a pas tout à fait tort non plus. En tout cas sur l'effet. Sur les causes par contre, je suis plus que sceptique et voici ma vision des choses. En outre, la mention de LEAP, une méthode EAP dont la sécurité ne vole pas haut, me laisse dubitatif quant à sa connaissance du sujet. Mais bon, passons.

Si j'adhère complètement à l'argument de la disponibilité de WEP, j'ajouterais cependant la compatibilité.. Les équipements ne supportant aucun autre mécanismes de sécurité sont encore courant, de la première version du Nabaztag à la Nintendo DS, en passant par toutes sortes de matériel "WiFisé", et ce sont autant de gadgets qui, pour être exploités, demandent la mise en place d'un réseau ouvert ou mal protégé. C'est comme ça, la vie est dure. Cependant, et même si ce facteur a tendance à se faire de moins en moins sentir, les problèmes d'interopérabilités entre matériels de marque différentes se font parfois criants, même pour un utilisateur aguerri. De drivers buggés en firmwares incomplets, l'utilisateur lambda a tendance à préférer la solution qui marche. Et WEP, c'est tellement simple que ça marche partout[1].

Le détournement du pirate est de moins en moins vrai. Avec un cassage de clé qui tourne aux alentours de cinq minutes quand on manque de chance, le WEP n'est clairement plus un obstacle à qui se trouve pris d'une furieuse envie de lire son mail. En outre, il s'agit d'une position qui n'est pas durable. Pour paraphraser l'auteur, la logique est basée sur l'espérance qu'il y aura toujours quelqu'un qui court moins vite que soit devant l'ours, nous protégeant en quelque sorte. Sauf que si on apprend pas à se défendre contre l'ours, on est relativement mal le jour où on se trouve dans la position de celui qui court le moins vite. Et un gars du nom de Darwin a montré en son temps que c'était plutôt le sens de l'évolution... OK, le parallèle est pourri. Les gens qui se font pwner ne meurent pas et continuent d'être là. Mais avec le niveau d'information qui augmente et la meilleure accessibilité des fonctions de sécurité, les d'accès ouverts ou avec WEP tendent à être supplantés. Lentement, mais c'est une tendance. Autour mon immeuble, en l'espace de 3 ans, on est passé de deux accès ouverts, deux WEP et un WPA à zéro ouvert, deux WEP et cinq WPA. L'inversion est claire. Cependant, les résultats que j'obtiens en scannant mon environnement en Amérique du Nord sont radicalement différents. Il y aurait donc un facteur géographique non négligeable, que j'attribue à la politique des divers fournisseurs de matériels Wi-Fi.

Pour ce qui est de l'intention, soit, mais encore faut-il être capable de détecter l'attaque dans un premier temps et d'en identifier la source dans un second. Personnellement, je préfère éviter que le mal arrive que de devoir me battre avec des logs quasi-inexistant pour poursuivre quelqu'un dont je ne connais que l'adresse MAC, quand elle n'est pas spoofée...

Un argument qui me semble plus crédible pour expliquer la mauvaise sécurité des accès Wi-Fi est la difficulté de mise en œuvre. D'après une étude datant de juin dernier[2], environ 40% des utilisateurs n'ont activé aucun mécanisme de sécurité sur leur accès sans-fil. Une autre étude[3] montre que la même proportion juge difficile la mise en place d'une sécurité. Vous me direz, aujourd'hui, qu'on mette du WEP ou du WPA/WPA2 en clé partagée[4], il n'y a pas trop de différence. La balance pencherait même du côté de WPA/WPA2 avec la possibilité d'entrer une phrase et non une clé en hexa[5]. C'est d'abord sans compter le facteur résistance au changement. La personne qui a péniblement mis en place du WEP sera peu motivé par un passage à WPA ou WPA2 implicant le renouvellement de la configuration de tous ses équipements Wi-Fi. C'est également sans compter les problèmes de compatibilité précédemment évoqués qui lui rendront la tâche potentiellement encore plus difficile. Le tout entretenu par les nombreuses légendes urbaines qui émailent les groupes de discussion et autre forums...

Kevin, dans son commentaire, soulève également un point intéressant : le manque d'information sur les risques encourus. Je ne pense pas que les gens ignorent vraiment qu'il faille protéger leur accès et que leur équipement permet de le faire. On ne peut certes pas partir du principe qu'ils le savent, les équipements devraient arriver en mode sécurisé par défaut, mais tout de même. Par contre, la méconnaissance des conséquences associées à l'accès frauduleux à un réseau Wi-Fi me semble un facteur tout à fait pertinent. On pourra citer pêle-mêle l'attaque pure et simple des machines qui s'y trouvent par pleins de moyens différents allant de l'attaque frontale au détournement de traffic en passant l'injection d'éléments malicieux. C'est typiquement le champ d'application d'outils comme Wifitap ou ses dérivés, et tout ce qui permet de produire des attaques dite de niveau 2, la plus simple et populaire étant la corruption de cache ARP avec des outils comme arp-sk. Conséquences classique : participation active à un botnet. Et que ce soit par observation du trafic, mise en place de malware ou phishing/pharming, le vol de vos identifiants favoris. Si on élève le débat, on peut également avancer la responsabilité légale du propriétaire du réseau. Le trafic observé sur des honeypots Wi-Fi montre en effet de manière assez claire leur utilisation pour l'échange de contenu illégal. Ça commence gentillement avec le voisin qui se sert de votre accès pour pomper du DivX, puis on passe au spammer qui injecte sa boue via tous les Wi-Fi ouverts qu'il trouve, pour enfin atteindre le top avec, au choix, les gens qui réalisent des intrusions automatisées et diffusion de bots ou ceux qui s'échangent des images d'enfants en bas age... Je ne sais pas vous, mais la perspective de me faire sortir du lit à six heures du matin pour aller expliquer que d'immondes saloperies ne viennent pas de chez moi me laisse plutôt perplexe.

Si on fait la somme de tous ces facteurs, on obtient un joli paquets de raisons d'en rester au WEP. Et c'est bien là, je pense, l'échec principal de l'industrie du Wi-Fi aujourd'hui. Non contente de nous avoir pondu l'un des protocoles de sécurité les plus pourris qui soient entré en production, elle est parvenue à détourner l'utilisateur des alternatives chèrement mises au point par manque de volonté et de rigueur. Si la généralisation des certifications de la Wi-Fi Alliance permet d'assurer petit à petit un bon niveau d'interopérabilité, si la publication récente du Wi-Fi Protected Setup laisse entrevoir des jours meilleurs pour nos utilisateurs les plus retords, il n'en reste pas moins du chemin à faire avant de faire évoluer sensiblement les statistiques.


Heureusement, pendant ce temps, d'autres chercheurs plus sérieux s'intéressent aux origines même de la Technologie avec un grand T...

Notes

[1] Et encore...

[2] Home Wi-Fi Security, Understanding Consumer Behavior and Impact on Wi-Fi Adoption, Jupiter Research, juin 2006.

[3] WFA/Kelton Reserach, juillet 2006.

[4] PSK, Pre-Shared Key.

[5] Oui, certains équipements dérivent des clés WEP à partir de phrases, mais ces générateurs ne sont pas standardisés.