C'est en tout cas ainsi que Barracuda entend être perçu. Et manifestement, à regarder la levée de boucliers qui s'en est suivie, ça marche, puisque Barracuda est passé du statut d'éditeur lambda parmi tous ceux qui utilisent du logiciel libre au rang de défenseur de la cause face aux brevets logiciels. Chapeau la comm', bon boulot... But de la manœuvre ? Mettre la communauté à contribution pour constituer leur défense en rassemblant des preuves de travaux antérieurs à la publication du brevet en question.

Sauf qu'à bien y regarder, la cible du litige en question n'est absolument pas ClamAV. Il porte sur les fonctionnalités des produits vendus par Barracuda. Ainsi, Trend Micro aurait également attaqué Panda et Fortinet, lequel avait été reconnu coupable en Allemagne de violer la GPL. Comme le note Brian Prince sur eWeek, toute cette histoire est loin d'être aussi simple qu'on voudrait nous le faire croire...

Pas aussi simple, c'est évident. Mais pas aussi simple d'un côté comme de l'autre. Car si Barracuda n'est certainement pas le chevalier blanc du libre, l'action de Trend Micro n'a pas l'inocuité qu'ils voudraient nous vendre. Ce brevet pose en effet un véritableme problème et constitue à ce titre une menace sérieuse pour pas mal de logiciels libres qui réalisent des fonctions déployées sur les passerelles de messagerie en particulier. On pensera certes à ClamAV, mais aussi à ces logiciels comme MIMEDefang, j-chkmail ou encore AMaViS. Bref, tout ce qui touche, de près ou de loin, à la constitution d'une passerelle antivirus de messagerie telle qu'on pourrait les imaginer au sein de produits commerciaux certes, mais également tel qu'on les implémente couramment.


Je ne vais pas me lancer ici dans un débat contre les brevets logiciels, vous savez ce que j'en pense. Cependant, il me semble très important pour la communauté du logiciel libre de ne pas se tromper de combat. Il ne s'agit pas ici de soutenir Barracuda et de s'investir dans un litige entre deux sociétés commerciales. Il ne s'agit pas non plus de huer Trend Micro parce qu'ils en voudraient à ClamAV. Il s'agit en définitve de dénoncer un brevet logiciel. Barracuda ou pas, ClamAV ou non, ce brevet est une menace, qu'il soit détenu par TrendMicro ou je ne sais quel autre acteur du marché. Et se laisser embarquer par Barracuda est à mon avis un mauvais combat qui, à user des mauvais arguments pour faire avancer une cause, ne fait que la desservir.

Un peu comme avoir essayer de vendre OpenOffice comme plus sûr que Microsoft Office. Ce qui n'a pas manqué d'entraîner un retour de bâton lorsqu'Éric Filiol annonçait le contraire à la rump du SSTIC 2006 ou que Philippe Lagadec concluait au match nul l'année suivante...