Certes, je trouve préoccupante la surenchère technologique du monde qui nous entoure. Le fait qu'on soit passé si rapidement d'une technologie qui nous sert à une technologie qu'on subit. Une technologie tellement omniprésente qu'on a du mal à en appréhender toutes les implications. Oui, parfois c'est flippant. Ça mérite en tout cas une surveillance. Pour autant, j'avoue que ce croisement improbable entre la philisophie de comptoir et la vulgarisation technique me laisse pantois. Il y aurait eu tellement d'exemples valables pour critiquer les dérives technologiques ! En tout cas, ce qui est clair, c'est que l'agitateur qu'est Philippe Lemoine a du phosphorer sec pour parvenir à un raisonnement aussi tordu... Référence à Nietzsche[1] à l'appui... Mais faux...

Parce que ne lui en déplaise, comparer la taille de l'espace d'adressage IPv4 avec celui d'IPv6 pour affirmer l'excès de la solution par rapport au problème qu'elle vise, c'est oublier un peu vite qu'entre les deux, le besoin a énormément changé. Et affirmer que passer quatre à dix milliards d'adresses possibles aurait suffit, c'est tout simplement de la connerie en barre. Je ne conteste pas qu'un espace d'adressage de 128 bits soit énorme et qu'il est hautement improbable que nous en venions à bout. Cependant le but d'IPv6 ne se résume pas à l'allongement de la taille des adresses. Si on ne fait que se limiter au concept de connectivité globale, je ne suis pas sûr que doubler l'espace d'adressage IPv4 aurait suffit à fournir une IP publique à tous les équipements sur Terre. En fait, je suis intimement persuadé du contraire.

Il y a pleins de raisons qui motivent le choix d'un espace d'adressage relativement grand. Et Philippe Lemoine n'en fait manifestement pas grand cas. Cependant, pour parvenir à associer de la sorte IPv6, le nombre d'atomes sur la planète et la guerre, il y avait un pas à faire qui nécessitait effectivement qu'on s'agite violemment les méninges... Toujours est-il que, par précaution, je cours de ce pas arrêter les recherches du grand psychopathe. Avec le nombre d'adresses IPv6 qu'il manipule tous les jours, je m'attends à voir débarquer Jack Bauer d'une minute à l'autre...


Sinon, je vous recommande la lecture du commentaire de DDA intitulé "Erreur de calcul" :

Si IPV4 ne propose effectivement qu'un peu plus de 4
milliards d'adresses, IPV6 en propose "seulement"
281.474.976.710.656 (256 à la puissance 6), et pas le nombre
délirant indiqué dans l'article. IPV5 en proposerait un peu
plus de mille milliards: cela serait-il suffisant ?

J'avoue que j'ai eu du mal à comprendre d'où[2] pouvaient bien sortir le 256^6 et les mille milliards d'adresses IPv5[3]. En fait, le raisonnement est relativement simple. Une adresse IPv4, c'est quatre octets. Chaque octet fait 256 bits. Donc l'espace d'adressage d'IPv4 est de 256^4 bits. IPv4... 256^4... Vous voyez la logique ? Allez, extrapolons :

  • IPv5... 256^5 = 1099511627776
  • IPv6... 256^6 = 281474976710656

En tout cas, on n'aura pas besoin de lui apprendre à compter, c'est toujours ça...

Notes

[1] Que jme ne manquera pas d'apprécier !

[2] <cc>

[3] Lequel n'a jamais existé