Dans ce long billet, je ne vais pas comme certains pourraient le croire pourrir Hervé Schauer de tous les noms d'oiseau qui me viendraient à l'esprit. Ce serait bête et méchant. Bête surtout en fait. Je vais juste m'attacher à vous montrer que je ne correspond tout simplement pas à la caricature qui est faite dans sa chronique...

Dans sa chronique consacrée au Blackberry, Hervé Schauer écrivait :

Pour écouter EADS, je recommande de consulter ce que le
nouveau responsable de l'entité EADS France Innovation Works
a publié [...]

C'est dans cette seule phrase que se concentrent les trois erreurs que je lui ai demandé de corriger. Ce sont les suivantes :

  • je suis responsable du laboratoire de recherche en sécurité informatique chez EADS Innovation Works, et non de l'entité dans son ensemble ;
  • l'entité en question s'appelle "EADS Innovation Works", sans le "France" entre les deux ;
  • mon blog est une publication personnelle, on n'y lit donc pas les positions officielles d'EADS.

Les deux premiers points sont me semble-t-il incontestables. Le troisième demandera l'échange de quelques arguments pour qu'il soit reconnu. Tout de même, quand on écrit "Pour écouter EADS", il est difficile de contester qu'on puisse explicitement faire référence à des positions officielles de l'entreprise. Hervé Schauer m'indique que la lettre étant partie en l'état, il corrigera ces points dans sa newsletter de septembre, sous forme d'erratum donc. Ce qu'en définitive il ne fera pas pas. Lui ayant fait part de ma déception, il me répondra qu'il considérait l'erreur trop petite pour perturber sa mise en page.

Entre temps, je publiai le billet "Le blogueur et son patron" dans lequel je voulais clarifier la relation entre ce blog et mon employeur, en partant de son article. Publication que je lui ai signalée par un email, auquel il répondra en me demandant si ce billet le dispensait de publier un correctif. Évidemment pas. Le lectorat de mon blog n'est pas le même que celui de sa newsletter, et c'est auprès de ce dernier public qu'il s'agit d'apporter la correction.

Il finit donc par s'engager à publier le correctif qui va donc apparaître dans la lettre d'octobre. Si les deux premiers points y font l'object d'une introduction rapide, le troisième donne lieu à ce que j'ai du mal à considérer autrement que comme une attaque personnelle.


Voilà pour la petite histoire, sur laquelle je voudrais faire deux commentaires. D'abord, quand on publie des informations inexactes à propos de quelqu'un, il me semble de bon ton d'y apporter correction lorsqu'il vous le demande. Ceci relève de l'honnêteté intellectuelle, tout au moins de la plus élémentaire politesse. En outre, il n'appartient pas à la personne ayant commis ces erreurs de se faire juge de leur importance. À partir du moment où les inexactitudes ont été signalées, reconnues et les corrections demandées, il me semble plus qu'inopportun de les ignorer, sous prétexte qu'elles semblent de moindre importance.

Ensuite, on notera qu'il était parfaitement au courant de ma position sur le caractère personnel de mon blog, en particulier la conclusion où j'explique que la séparation entre activité personnelle et professionnelle ne peut être complète, parce que mon activité professionnelle influence mes écrits, idée qu'il développera également sous la perspective de l'expérience. Toujours est-il que je ne discute pas mon lien évident et indéniable avec mon employeur, terrain sur lequel se place Hervé Schauer. Je ne sais pas s'il lit régulièrement mon blog, mais il en a tout au moins connaissance, puisqu'il le cite, et plus spécifiquement, il était au courant de l'existence de ce billet par un email qu'il a lu. Aucun besoin de chercher à berner son MUA pour le savoir, il y a répondu.


Je vais à présent m'intéresser à la prose d'Hervé Schauer proprement dite et j'espère parvenir à vous convaincre que l'image qu'il y dépeint de moi est fausse, et également insultante par la conclusion du passage. Pour exprimer son avis sur les blogs et autres publications personnelles d'experts en SSI, il nous dresse donc un portrait pour le moins caricatural de personnes qui voudraient séparer complètement deux vies, l'une professionnelle et l'autre personnelle, passant de l'une à l'autre selon leurs humeurs et leur auditoire. Et, surtout, se cachant de l'une quand ils exercent l'autre, et inversement. C'est un comportement relativement extrême, qu'on peut effectivement qualifier de "dédoublement de personnalité" et comparer à Dr. Jekyll et Mr. Hyde, et que je rencontre assez rarement dans les proportions décrites ici.

Cependant, il existe bien des gens qui vivent, ou du moins essayent, comme cela. On se souviendra par exemple de Rain Forrest Puppy, dont une interview a été publiée le mois dernier, et sa volonté de rester anonyme à tout prix. Certains pensent d'ailleurs que c'est la perte de cet anonymat qui aurait conduit à son silence en 2003. Pour autant, ce n'est pas l'exemple de RFP qui sera retenu comme illustration d'un tel comportement, mais le mien. De fait, il suggère fortement, pour ne pas dire affirme, que je fais partie de cette catégorie de professionnels de la SSI qui voudraient, pour paraphraser sa conclusion, rejeter et ne pas assumer le nom de leur employeur quand ça les arrange. Or ce n'est pas mon cas.

Premier fait. Sur trois corrections que je lui demande, deux portent justement sur le poste que j'occupe chez mon employeur. Je ne m'offusque donc pas qu'il me cite en tant que Cédric Blancher, responsable d'un laboratoire de recherche chez EADS, et non, comme d'autres le font, en tant que Sid de Rstack[1]. Dans le billet où j'explicite le caractère personnel de ce blog, je ne le fais pas non plus. D'ailleurs, Hervé Schauer confirme lui-même ceci quand il écrit que c'est à ma demande que sont publiées ces corrections.

Second fait. Je n'ai jamais renié ma relation avec EADS, je ne l'ai jamais occultée et je l'assume complètement, comme je l'ai toujours fait, y compris dans des moments où la facilité aurait voulu que j'aille m'enterrer très loin[2]. Ainsi, je n'ai pas demandé à Kitetoa de supprimer mon lien avec EADS lorsqu'il a publié un article dans lequel il décrit mon blog comme celui d'un des employés d'EADS. Il est en effet clair qu'il s'agit de mon blog et et non d'une publication officielle d'EADS. Idem pour le récent billet de Ludovic Bour sur la certification EAL2+ du Blackberry, qui ne fait pas non plus l'amalgame auquel s'est laissé aller Hervé Schauer dans sa chronique d'août.

Troisième fait. Je ne suis pas sujet au dédoublement de personnalité dont il m'affuble. Je n'ai pas de certificat médical à exhiber pour vous prouver l'absence de symptômes schyzophréniques chez moi, mais toujours est-il que l'exemple des conférences données tantôt en "costume et cravate, avec le logo de leur employeur", tantôt en "tee-shirt sous un pseudonyme" s'applique peut-être à quelques personnes qu'il connait, mais certainement pas à moi. S'il arrive effectivement à ma tenue vestimentaire de varier selon les auditoires, celle-ci ne change rien à la personne que je suis et à la manière dont je me présente. Je fais toujours mes conférences sous mon véritable nom. C'est également le cas de mes articles et de mes interventions sur les groupes de discussion et les listes de diffusion. Il en va enfin de même pour mon site personnel et ce blog. Difficile donc de me m'opposer le coup du pseudonyme. À l'exception notable[3] des publications que je fais dans le cadre de la Francophonie que j'associe à... la Francophonie, mes conférences font toujours mention du nom de mon employeur et arborent systématiquement son logo[4]. C'est aussi le cas pour les cours que je donne et les articles que je publie, et ce depuis toujours... Pour s'en convaincre, rien de plus simple, il suffit de vérifier.

À ce stade, vous m'accorderez qu'on est quand même loin du dédoublement de personnalité qui m'est prêté. Car à lire la chronique d'Hervé Schauer, on pourrait presque croire que je me sois offusqué d'être cité sous mon vrai nom, lié à EADS. Comme vous pouvez le constater, il n'en est rien, de l'aveu même de l'auteur. On pourrait croire également que je tiens ces lignes en catimini et en cachette de mon employeur. Il n'en est rien non plus. Ma hiérarchie est parfaitement au courant de l'existence de ce blog, certains le lisent régulièrement, et on ne m'interdit pas de l'alimenter. Mon employeur n'a donc pas attendu son avis sur la question pour trancher. So long pour les histoires d'avocats, en tout cas sur ce terrain là...


On pourra bien jouer sur les mots en arguant que cette illustration de son propos n'est qu'un exemple décorrélé du reste de la chronique, puisqu'il ne m'inclue pas explicitement dans la catégorie sus-citée. Mais ça ne trompera personne, on ne prend pas des bananes comme exemple pour parler d'oranges... Tout emporté qu'il est par ce qu'il appelle son franc-parler, Hervé Schauer a, me semble-t-il, bien dérapé en m'assimilant à quelqu'un que je ne suis pas et me prêtant des intentions que je n'ai pas. C'est en effet bien le même Cédric Blancher qui écrit ces lignes que celui qui travaille chez EADS. Un Cédric Blancher avec son expérience certes professionnnelle, mais aussi personnelle[5], qu'il traine avec lui. Pour autant, comme Hervé Schauer le reconnait et comme je l'affirmais avant lui ici, mon blog n'est pas la tribune des positions officielle d'EADS qui a un service relations publiques prévu à cet effet. Et c'est exactement ce que j'entends par le caractère personnel de mon blog. Il ne s'agit ni de monter un mur qu'on voudrait infranchissable entre les deux, ni de se créer deux identités disjointes[6], mais bien de ne pas associer ces deux aspects de manière inopportune. Parler de caractère personnel pour un blog ne revient donc pas pour moi à discuter le lien incontestable qui existe entre son auteur et son employeur, comme le fait Hervé Schauer dans sa chronique, mais entre les avis qu'il y exprime et les positions officielles de l'entreprise qui l'emploie. Et ce second débat me semble suffisamment intéressant pour mériter plus qu'un pamphlet lapidaire.

Mais au delà de cette comparaison on ne peut plus déplacée, ce qu'Hervé Schauer écrit à mon propos est tout simplement insultant. En me comparant grosso modo à un schizophrène à qui on ne peut pas faire confiance, il remet en question ma capacité à exercer mon métier, justement basé sur la confiance. Et ça me met en colère. Mais comme je vous le disais au début, je ne veux pas sombrer dans l'attaque ad hominem. C'est un terrain stérile qui ne changera rien à ce qui a été écrit. Cependant, j'attendais mieux de la part de quelqu'un qui, élevé par son statut et sa renommée[7] au rang de leader d'opinion en matière de sécurité informatique, ne devrait pas avoir besoin de déformer ainsi la réalité pour faire valoir ses opinions. Et ce, quels que soient les griefs qu'il puisse entretenir à mon égard[8]...



Calimero

Si vous avez eu le courage de lire jusque là, vous pouvez souffler, je vous libère. Fin de la séance Calimero. Tout en souhaitant un beau séjour sous le soleil monégasque[9] à Hervé, je vais à présent pouvoir arrêter de perdre mon temps et retourner à des activités plus intéressantes et productives. Et vous de même ;)

Notes

[1] Je tiens d'ailleurs à faire remarquer à quelques uns d'entre eux que mon blog n'est pas non plus celui de la Rstack. C'est le mien. Point.

[2] Je n'ose taquiner le savoyard en faisant référence à un département particulier ;)

[3] Mais pas systématique cependant.

[4] Une présentation commune au SSTIC 2005, citée dans une autre newsletter HSC, fait en effet exception à cette dernière règle.

[5] Car si l'expérience professionnelle influe sur la vie personnelle, l'inverse est tout aussi vrai.

[6] Chose faisable par ailleurs, le concept d'identité sur le web étant tout relatif, mais c'est un autre débat.

[7] Liés à son engagement indéniable pour le développement de la SSI en France et la qualité de son cabinet de consultants.

[8] Et dont il n'a jamais fait état.

[9] Si la météo le permet...