Millenium, on pourrait un peu le qualifier d'inmanquable. On trouve encore les trois volumes en tête de gondole dans tous les étalages de librairie. Et puis pas les versions poche. Les bons gros pavets noirs au liseret rouge et médaillon par John John Jesse qui prennent de la place et pèsent lourd dans le sac de voyage. Et puis on en a un peu entendu parler partout, de la presse écrite à la radio, en passant par la TV et le net. Sur le coup, ça m'a un peu fait penser au buzz autour du Da Vinci Code de Dan Brown, mais j'ai quand même décidé de tenter l'expérience.

Le premier tome, "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" (2005), est très bien, bien qu'un peu long au démarrage. L'auteur présente ses personnages, plante le décors, etc. J'ai moins aimé les deux suivants, "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette" (2006) et "La Reine dans le palais des courants d'air" (2007). En particulier, la fin du dernier est un peu rapide je trouve. Voire simpliste. Mais ça reste très plaisant à lire, en particulier pour l'informaticien que je suis.

Lisbeth Salander, le second rôle, nous est en effet présentée comme une jeune pirate informatique au look gothique, un tantinet sociopathe. Une bien belle caricature, d'un fort beau gabarit, qui, il faut bien le reconnaître, aurait quand même tendance à être plus proche de la réalité que les boutonneux à lunettes, les barbus qui bouffent de la pizza au fond de leur cave ou des combinaisons des deux. Sorti de ça, on sent bien que l'auteur a fait un effort de documentation qui dépasse largement celui de Dan Brown quand il a dû écrire Digital Fortress[1], ce qui n'empêche pas l'informaticien moyen de sourire par moment. J'aime beaucoup le concept du laptop qui, une fois pwné, se retrouve à tourner sur une copie distante de son propre disque, à travers Internet, sans que l'utilisateur s'en rende compte. Rien que ça ;)

À noter que l'adaptation cinématographique arrive, avec le premier épisode qui vient de sortir en Suède et devrait pointer son nez chez nous en mai. C'est réalisé par un danois, produit en Suède. On devrait donc échapper au duo magique Tautou-Hanks, c'est toujours ça de gagné, encore que j'ai du mal à m'imaginer Audrey Tautou en Lisbeth Salander...


Si comme moi vous êtes amateurs de polars un poil saignants, je vous recommande chaudement les enquêtes de l'inspecteur Harry Hole de Jo Nesbø. On m'avait offert le premier opus, "L'homme chauve-souris" (1997) après mes déplacements en Australie. Par une galipette scénaristique, l'auteur arrive à nous coller cet inspecteur norvégien forcément marginal, limite antipathique, en plein Sydney. Il réutilisera la même ficelle pour le second roman, "Les cafards" (1998), pour le situer en Thailande cette fois, avant de la ramener chez lui, à Oslo à partir du troisième, "Rouge-Gorge" (2000).

Loin d'être mauvais, les deux premiers opus se distinguent des autres, un peu à l'écart. Une sorte de recherche. Ensuite, l'univers prend place au fil des intrigues, presque glauque, sans concession ; une trame de fond se constitue et on commence à vraiment entrer dedans. Mes préférés sont "L'étoile du diable" (2003) et "Le sauveur" (2005). L'intrigue de "Rue Sans-Souci" (2002) vaut le détour. Clairement. Le dernier, "Le bonhomme de neige" (2007) culmine véritablement sur l'essentiel du livre, jusqu'à cette fin qu'on qualifierait presque de bâclée.

En plus de son scénario vraiment tordu, on remarquera que le quatrième épisode fait jouer une place importante à l'informatique. Et comme il se doit, le héros va avoir recours à son ami chauffeur de taxi, mais surtout ancien pirate et drôle de pharmacien à ses heures, pour en démêler quelques ficelles. Intéressant...


Enfin, j'attaque en ce moment les enquêtes du commissaire Erlendur Sveinsson de l'islandais Arnaldur Indriðason. Le premier livre de la série disponible en français est "La cité des jarres" (2000). C'est extrêmement prometteur. L'ambiance y est également glauque à souhait, avec un héros divorcé, reclus, qui ne voit jamais son fils et tente de sauver une fille droguée et enceinte. À croire que c'est une habitude chez les auteurs nordiques. L'intrigue n'est pas piquée des vers, l'écriture intéressante, et la fin devrait trouver un écho chez quelques lecteurs de ce blog.

J'attaque à présent le second, "La Femme en vert" (2001), dont le début ne me déçoit pas. J'en ai profité pour prendre le suivant, "La voix" (2002), ça me fera de quoi lire dans l'avion quand je décollerai pour Cansec la semaine prochaine. D'autres titres sont disponibles, "L'Homme du lac" (2003) et plus récemment "Hiver arctique" (2005) qui vient de sortir en France. Malheureusement, les deux premiers, "Synir duftsins" (1997) et "Dauðarósir" (1998) n'ont semble-t-il pas été traduits, tout comme le dernier, "Harðskafi" (2007).

On notera que "La cité des jarres" a été adapté au cinéma en 2006 sous le titre de Mýrin et devrait être réadapté l'an prochain aux US. Maintenant que j'ai fini le livre, je n'ai plus qu'à trouver le DVD.


Le polar est un genre manifestement très exploré dans la littérature nordique, avec de nombreux autres auteurs parmi les lesquels on pourra citer :


Et dans la série rien à voir avec le schmiblick, cette affiche photographiée dans une crêperie du 5e, face à un rassemblement d'autos-école. Pour une publicité, je trouve que le nom de l'association ne manque pas... d'ironie...

Affiche SPAM

Notes

[1] Dont la traduction française du titre utilise un anglicisme des plus horripilants...