Luc Besson défend sa paroisse. Il le fait avec les mêmes ficelles imbéciles et analogies crétines que la plupart des personnalités de l'industrie des médias qui s'y emploient. La plus contestable étant selon moi d'associer la copie d'œuvres numériques à du vol, alors qu'il s'agit de contrefaçon. D'aucuns crient au pinaillage, mais c'est un point que je pense être important, et qui dépasse la simple qualification juridique du délit.

En effet, comme l'explique Mathieu Perona, les biens concernés ne sont pas rivaux. Expressions consacrée pour dire que la contrefaçon d'une œuvre n'empêche personne ne continuer à en jouir. De l'œuvre. Alors que c'est bien le cas quand il s'agit d'un vol. Si je vole un CD dans un magasin, personne ne pourra plus l'acheter. Heureusement que personne dans cette industrie ne s'est penché sur un tel acte, sinon on vous aurait expliqué qu'il s'agissait d'un double manque à gagner, à savoir que d'une part je n'achetais pas le CD et que j'empêchais d'autre part quiconque d'autre de l'acheter à sont tour. Un vol, deux ventes de perdues...

Lorsque vous copiez le même CD, vous n'empêchez pas son propriétaire de continuer à en jouir. Et c'est bien pour cela que les gens n'ont pas l'impression de voler quand ils copient. Parce qu'ils ne volent pas. Et ce ne sont pas des avertissements outrageusement exagérés au début de chaque DVD qui y changeront quelque chose. Au mieux on les trouve ridicule et on en rigole, au pire ça pourrait se montrer contre-productif tellement ça devient agaçant...

Mais quoi qu'il en soit, quels que soient les arguments déployés et leur énormité, ça reste quelqu'un qui défend son petit lopin. Et comme le faisait remarquer un lecteur dernièrement, il n'y a rien d'étonnant à cela. Par contre, ce que je trouve plus étonnant, et pour dire la vérité, choquant, c'est que certains de nos élus prennent fait et cause pour ce genre de discours sans autre forme de procès. Avec donc, en tête de file, Frédéric Lefèbvre, porte-parole de l'UMP.

Et vas-y que je te demande une commission d'enquête parlementaire, vas-y que je veux changer la loi par là, quand il ne s'agit pas d'en appeler carrément au G20 ! Par contre, quand il s'agit d'expliquer les choses, ça se gâte. En fait, c'est même pathétique. Genre les sites de streaming c'est illégal, c'est mal. C'est même tellement mal que ça pique des annonceurs à... Dailymotion... Quant à la partie sur le streaming frein au P2P qui évite aux utilisateurs de perdre de la mémoire, c'est du grand art...

Bref, le redresseur de torts, la voix de la raison, mais qui n'en serait pas moins ridicule si elle ne tombait pas au mauvais moment...


En fait, plus loin que ces envolées lyriques du plus haut cru et les billets critiques, c'est surtout les commentaires qui sont intéressants. Prenez les deux billets de Me Eolas et lisez les réactions des lecteurs. Tâche ardues je le reconnais, quand le premier en totalise 467 et le second 258 au moment où j'écris ces lignes. Mais ça vaut le détour. Dans le genre vas-y que je te mélange tout, certains méritent une médaille. En fait, il semblerait qu'il n'y ait que deux camps : soit vous êtes contre le "piratage" et vous vous rangez au discours débilisant de l'industrie audio-visuelle, soit vous êtes pour. Aucune position intermédiaire ne semble être tolérée. D'un côté surtout, parfois aussi de l'autre.

De fait, quand vous critiquez les discours de M. Lefèbvre, de Luc Besson ou le fameux rapport HADOPI[1], vous êtes forcément un supporter du piratage, puisque de toute manière, il n'existe aucune autre position possible.

Le simple fait de mentionner la possibilité d'autres modèles commerciaux semblent déclencher des poussées d'urticaire, comme on a pu le voir avec les discussion sur la licence globale. En fait, ce qui est drôle, ou presque, avec la licence globale, c'est qu'elle a été écartée comme possible solution justement parce que ne rentrait pas dans le modèle économique qui sévit actuellement sur le marché audio-visuel. Et quand j'entends les majors nous dire que le "piratage" asphixie les petits artistes, lesquels au passage n'ont pas les moyens de se faire distribuer via les canaux classiques contrôlés par les mêmes majors, je me demande ce qu'elles attendent pour mieux les rémunérer. Genre avec un système de tranche, comme les impôts, où ceux qui vendent peu pourrait toucher plus sur leurs ventes pour booster leur capacité à se faire connaître ? Non ? Non, évidemment...


Et puis j'ai fini par tomber sur ce billet qui réussit le tour de force de parler à la fois de Besson et de Facebook. Partant de l'affaire Besson et du changement des conditions générales d'utilisation du géant du réseau social, l'auteur dénonce la supposée hypocrisie des internautes, lesquels militeraient d'un côté pour le partage total et gratuit des œuvres numériques, comprendre la légalisation du piratage, mais, de l'autre côté, refuseraient de partager leurs données personnelles.

Non mais franchement... Je comprends que certains blogueurs aiment la ramener, et surtout rameuter le lecteur à grands coups de titres osés, mais quand même, il ne faudrait pas pousser mémé dans les orties en se laissant aller à des parallèles aussi douteux. Comparer œuvre et données personnelles, ou encore partage et piratage, ce n'est bien plus qu'aguicher le lecteur, c'est carrément le prendre pour un abruti.

Toujours est-il que malgré des explications publiques, Facebook est apparemment revenu aux anciennes conditions d'utilisation. Trop tard pour empêcher Luc Besson de fermer sa page... À moins qu'il n'y ait aucun rapport... Dommage, ça aurait pu faire un parallèle juteux...

Notes

[1] Vous avez vu sur les graphiques pages 12 et 13 que la TVA représentait 19,6%... du prix TTC ? Je l'avais loupée celle-là... ;)