Wi-Fi, terrorisme et code viral...
Par Sid,
mercredi 25 février 2009 à 18:45 :: Wi-Fi
:: lu 4687 fois :: #325
:: rss
:: atom
::
English

e ne sais plus comment je suis tombé sur cette dépêche, mais il semblerait que des chercheurs indiens aient développé, je cite, "une technologie permettant de sécuriser des réseaux Wi-Fi et prévenir les compromissions". Et de citer, comme exemple de méchanteries que ça bloque, l'envoi d'un email revendicant les attentats d'Ahmedabad via le réseau personnel de Kenneth Haywood, un citoyen américain qui résidait alors à Bombai, piraté pour l'occasion.
Ce qui me laisse pour le moins perplexe. D'une part parce que l'argument du terrorisme a une forte tendance à se comporter comme un gros bullshit warning à mes yeux. Genre mieux défendre les réseaux Wi-Fi va empêcher les gens de poser des bombes. J'y crois à mort... D'autre part parce que le problème de la sécurité Wi-Fi n'est pas le manque de mécanismes de sécurité, mais clairement le fait qu'ils ne sont pas utilisés. Pourquoi cette nouvelle technologie le serait-elle plus que celles qui sont déjà présentes dans tous les équipements Wi-Fi du marché ?...
Quand on lit l'article, on s'aperçoit en fait que ça ressemble surtout à un gros coup de flan. La technologie en question s'appellerait WIPS, pour, comme vous vous en doutez déjà, "Wireless Intrusion Prevention System". Un concept absolument novateur que personne ne connait, preuve en est que la page Wikipedia sur le sujet ne date que d'août 2006...
Mais regardons quand même de plus près. Outre l'absence totale de référence technique, il se trouve qu'une personne citée dans l'article comme faisant partie de l'équipe de chercheur est un certain Pravin Bhagwat. Ce monsieur, qui n'a pas publié grand chose depuis 2001, se trouve être CTO et co-fondateur d'une société répondant au nom de AirTight Networks. Laquelle, spécialisée en sécurité Wi-Fi vend, je vous le donne en mille, des solutions WIPS. Décidément, la ficelle était bien grosse pour que ça ne se voit pas sur ce coup là...
Si je ne vais pas me lancer dans une diatribe sur ce que je pense des ces systèmes, il n'en reste pas moins que ce genre d'usine à gaz me semble plus indiquée pour des installations de taille appréciable, lesquelles pourront les utiliser à des fins de compliance par exemple, qu'aux problématiques des particulier. Quand il s'agit de protéger le routeur Wi-Fi de Monsieur Haywood ou de la désormais célèbre Madame Michu, j'ai un peu plus de mal à imaginer l'intérêt de la manœuvre. Je veux dire que, bien qu'ayant la possibilité de mettre en œuvre un bon vieux gros WPA/WPA2 en PSK et ne l'ayant pas fait, ou l'ayant fait mais en choisissant une clé trop simple à récupérer, je le vois mal se lancer dans la mise en place d'un WIPS complet, voire d'une simple sonde.
À moins évidemment d'imaginer un monde dans lequel chaque équipement Wi-Fi vendu sur le marché serait équipé d'une sonde qui se connecterait automatiquement à un super WIPS national ou international, lequel serait chargé d'orchestrer le tout. Je ne vous raconte pas les problématiques d'atteinte à la vie privée... Mais bon, puisqu'on vous dit que c'est pour lutter contre le terrorisme, vous n'allez nous faire chier... D'ailleurs, si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez rien à cacher, n'est-ce pas ?... Voilà, voilà, voilà... Et puis quand bien même un tel système serait en place, pourquoi ne pas l'utiliser pour pousser une configuration de sécurité décente et basta ? Tout simplement ?
Entre les bouts de sparadrap, les protections cosmétiques et les annonces apocalyptiques, il ne faut pas s'étonner d'une part que le niveau global de sécurité soit aussi mauvais, du fait du niveau d'information des utilisateurs et la survie sur le marché de protocoles troués aux quatre vents, et d'autre part que des sociétés commerciales profitent de ce contexte fertile pour de placer leurs technos avec plus ou moins d'élégance.
Sigh...
Toujours dans le domaine du sans-fil, on notera la publication remarquée d'une étude sur la diffusion de malwares via des accès Wi-Fi mal sécurisés. On pourrait croire que l'article n'est pas disponible gratuitement en ligne, mais en fait si. Le document ne fait que 6 pages, mais reste suffisamment précis pour donner une bonne idée du contenu et de sa qualité. Des annexes sont également disponibles, avec en particulier deux vidéos montrant des simulations d'infection.
Ces chercheurs démontrent donc la capacité pour un code viral de se propager en exploitation des failles dans les équipements Wi-Fi entourent l'hôte sur lequel il s'exécute. Le mécanisme d'infection passe par l'accès à l'interface d'administration du point d'accès visé ce qui implique d'abord de passer une éventuelle protection du lien sans-fil et ensuite trouver les identifiants permettant d'accéder à l'interface. Dans leurs hypothèses de travail, ils considèreront comme exploitables seulement les points d'accès ouverts ou configurés en WEP dans un premier temps, et dans un second, que 25% d'entre eux ont un mot de passe découvrable en moins de 65000 tentatives.
Je ne vais pas vous gâcher le plaisir de la lecture, mais quand même un peu. C'est en effet un papier dont les hypothèses ne sont pas fantaisistes, en ce qu'elles s'appuient sur données fournies par WiGLE sur les villes considérées, et aux conclusions pour le moins intéressantes. Ils comparent en particulier la capacité d'infection d'un tel ver dans différentes villes des États-Unis, comme Chicago, San Francisco, New York ou encore Boston, ce qui leur permet de mesurer l'impact de la densité des accès Wi-Fi sur la vitesse de propagation[1]. De la même manière, ils évaluent l'impact de la densité d'accès décemment protégés sur la propagation du ver[2] : passé les 70% d'accès en WPA, le ver est pratiquement bloqué, ne disposant en effet plus d'un maillage suffisant d'hôte vulnérables.
Maintenant, on peut réfléchir un peu au-delà des hypothèses de cette étude ? Les routeurs Wi-Fi par exemple peuvent présenter nombres de vulnérabilités en dehors de l'interface d'administration. Je pense à des failles dans le driver de l'interface sans-fil ou sur les services qu'il fournit : démon DHCP, système UPnP, serveur web, serveur d'impression, etc. Autre aspect qui rend ces équipements particulièrement intéressants, c'est leur relative homogénéité et le manque de mises à jour de sécurité[3]. Il suffit de prendre la liste des routeurs supportés par OpenWRT pour imaginer que nombre d'entre eux tournent nativement avec des bases de code très similaires. De même, l'explosion des offres triple-play entraîne elle aussi une uniformisation de la base installée, les utilisateurs ayant tendance à se débarasser de leur vieux routeur Wi-Fi en faveur de la wonderbox qui fait tout[4]. Laquelle expose parfois des services, indépendamment de la protection de l'accès réseau principal : portail captif chez l'un, accès téléphonique chez l'autre, etc.
On pourra également mettre à contribution la machine du propriétaire du réseau, laquelle est déjà dans la place, indépendamment du moyen de protection réseau déployé, d'autant qu'elle a souvent un accès privilégié au routeur, ne serait-ce que parce que les identifiants utilisés pour accéder à la console d'administration sont sauvegardés par le navigateur. Et inversement, une fois le code viral installé sur le routeur, on pourra l'utiliser pour infecter les stations qui l'utilisent, comme cela a déjà été démontré.
Mais tout ceci n'est que pure spéculation, évidemment...
Et pendant que je me faisais ces réflexions hautement hypothétiques sur l'homogénéité d'un large base matérielle, je suis tombé sur ce billet qui nous fait un topo sur les botnets clé en main pour joueurs frustrés. Pour des sommes tournant autour de la centaine de dollars US, les mauvais perdants ont la possiblité de DDoSer leur adversaire pour lui faire perdre sa connexion au serveur de jeu. Et gagner le duel au finish... Halo 3 sur XBox 360 semble particulièrement touché par ce genre de comportement.
Ce qui m'amène à me dire qu'un ver capable d'exploiter efficacement des consoles de jeu pourrait également faire son petit bonhomme de chemin via les réseaux auxquelles elles sont connectées, mais aussi, et peut-être surtout, via les services auxquelles elles accèdent ou les serveurs de jeux en ligne...
C'est quand même bien fait Internet, non ?...
Notes
[1] Figure 3A en 3e page.
[2] C'est la figure 4b en 4e page.
[3] Ou plutôt notifiées comme telles...
[4] Par contre, la sécurité, c'est le problème de l'utilisateur...
Commentaires
1. Le jeudi 26 février 2009 à 09:39, par yan
2. Le jeudi 26 février 2009 à 09:41, par Jan
3. Le jeudi 26 février 2009 à 11:05, par marc
Réponse de Sid
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.