Six mois presque jour pour jour après avoir été questionné sur les mesures de sécurisation à déployer pour ne pas tomber dans la fameuse négligence caractérisée mentionnée à l'article L. 335-7-1 du code de la propriété intellectuelle, la réponse du ministère de la culture est enfin publiée. Les plus cyniques avaient prédit une réponse de normand, et ils ne sont, j'en suis sûr, pas déçu par le résultat. Par exemple, on n'apprendra rien de plus sur la caractérisation de la négligence puisque "les éléments constitutifs de cette contravention seront définis par un décret qui est en cours d'examen au Conseil d'État". Super...

En ce qui concerne les moyens de protection à déployer, ce n'est guère mieux. On apprendra qu'il faut s'intéresser d'une part à la sécurisation de son poste de travail et d'autre part à celle de son boîtier de connexion[1]. Le premier point serait à gérer avec des solutions de contrôle parental, pour empêcher les marmots d'aller faire des conneries sur Internet je suppose, et des "solutions de type pare-feu ou antivirus". Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais le refrain "installe un pare-feu et un antivirus" sonne à mes oreilles comme une rengaine qui a depuis longtemps démontré ses limites. Mais bon, puisqu'on nous le dit...

En fait, c'est sur la sécurisation de la box que ça devient très drôle... Ou pas... C'est selon le point de vue. Ça rappelle aussi un peu un jugement rendu récemment outre-Rhin... On nous explique en effet qu'il faut les protéger "au moyen de clés et de protocoles cryptographiques" et de fournir en exemple les "clés WEP et WPA". Protection qui pourrait être "complétée par une restriction d'accès aux seuls périphériques préalablement déclarés par l'utilisateur", c'est à dire du "filtrage MAC". Vous êtes sur le cul ? Moi aussi...

On doit être sacrément occupé au ministère de la culture. Parce que franchement... Six mois pour pondre une réponse de cet acabit, c'est un peu du foutage de gueule... Car non content d'aligner les lieux communs que sont le pare-feu, l'antivirus et le chiffrement du lien Wi-Fi, on y parvient tout de même à les accompagner de la préconisation d'un protocole connu pour être totalement inefficace depuis près de dix ans d'une part, et d'un mécanisme de contrôle d'accès aisément contournable qui demande des efforts de configuration et de maintenance loin d'être négligeables d'autre part. Genre, on va filer une protection de merde à Mme Michu, et histoire d'en rajouter une couche, on va lui demander de lister des adresses MAC...

La loi HADOPI poursuit, nous a-t-on longuement expliqué dans l'hémicycle, un but pédagogique. Mais avant de vouloir se montrer pédagogue, encore faudrait-il maîtriser les sujets qu'on veut enseigner. Or, force est de constater que certains ont cruellement besoin de cours de rattrapage en ce qui concerne les moyens de sécurité...


Jean-Louis Masson s'inquiéte quant à lui de ce que des blogueurs anonymes puisse porter atteinte à l'honneur d'autrui. Aussi propose-t-il de leur interdire la couverture d'un pseudonyme, donc également l'anonymat, en les obligeant à s'identifier complètement. Passé le moment de réaction épidermique, c'est en relisant plus attentivement la proposition en question qu'on s'aperçoit que M. Masson souffre lui aussi d'un mal dont l'étendue m'en finit pas d'inquiéter. Ce mal, que dis-je, cette épidémie, c'est le syndrome du "y'a un truc qui me dérange, mais j'y comprends rien, alors faisons une loi". Et de préférence en mélangeant tout, ce qui est d'autant plus facile qu'on n'y comprend rien. C'est d'ailleurs, paraît-il, en train de devenir un sport national en France...

Pour, je cite, "faciliter l'identification des éditeurs de sites de communication en ligne et en particulier des "blogueurs" professionnels et non professionnels", le sénateur de la Moselle ne trouve rien de mieux que d'obliger ces derniers à fournir leur identité complète, adresse et numéro de téléphone compris. Rien que ça. Sachant tout de même qu'au titre de la LCEN, ils sont déjà censés fournir ce genre d'informations à leur hébergeur. Lequel, pour le coup, est très facilement identifiable...

Update : la preuve en image que le raisonnement est sans queue ni tête, grâce à JCDR ; on appréciera en particulier l'argument massue des contrôleurs de tout poil : "si les gens sont honnêtes, ils ne sont pas obligés de tenir des propos diffamatoires, ils ne sont pas obligés de tenir des propos injurieux". En bref, Dieu reconnaîtra les siens...

On pourrait disserter des heures sur le bien fondé de l'anonymat sur Internet, avancer autant d'excellentes raisons d'en user qu'il y a de blogueurs sur la planète, expliquer à n'en plus finir la différence avec l'utilisation d'un pseudonyme, on n'en réglera pas moins le problème de fond, à savoir le mal que j'évoquais précédemment. Car comme beaucoup de modes, le sujet de la régulation de l'usage des nouvelles technologies semble servir de plus en plus de faire valoir à des esprits en mal de célébrité.

Des gens qui cherchent leur quart d'heure de buzz en somme...

Notes

[1] Moi qui croyais que ce dernier appartenait au FAI...