Je ne suis pas plombier ou architecte d'intérieur. Je vais donc m'en tenir à mon étonnement devant des bévues que je trouve assez énormes dans la conception d'espaces de douche que j'ai pu utiliser çà et là. Car il y a des gens, dont on imagine que c'est le métier de concevoir des salles de bain, à qui l'utilisation d'une douche semble aussi étrangère que peut l'être le b.a.-ba de la sécurité à d'autres...

Prenons un premier exemple avec cette salle de bain proposée dans un grand aéroport international. La douche proprement dite occupe le dernier tiers de la pièce, sur toute sa largeur, et se trouve délimitée par une paroi en verre. La surface au sol correspondante est en légère dépression créant ainsi la cuvette destinée à drainer l'eau. Déjà, on se dit que si la paroi en question ne s'arrêtait pas à 10cm au dessus du sol, laissant ainsi passer toutes les éclaboussures, ça serait mieux. Mais tant qu'on ne passe pas une demie-heure sous la douche, ça reste gérable. Le vrai échec dans la conception de cette douche est d'avoir positionné la fameuse paroi en verre dans un plan vertical qui se trouve... en dehors de la cuvette. Du coup, l'eau qui ne maque pas de ruisseller le long de cette paroi finit dans le reste de la pièce. Si vous aimez les tapis de bain mouillés, vous sécher les pieds dans l'eau et remettre vos chaussettes en équilibre sur la cuvette des toilettes, c'est parfait. Sinon, dommage...

Second exemple de la vraie vie avec cette salle de bain aménagée pour personnes à mobilité réduite. Il s'agit d'une grande pièce entièrement carrelée dont un coin sert d'espace douche, sans paroi pour ne pas gêner l'accès. Une légère dépression a été pratiquée dans le sol à cet endroit pour récupérer l'eau. On imagine bien que les projections ne se limiteront pas à cette seule surface, mais ce n'est pas grave puisque l'ensemble de la pièce est "water-proof". Ce n'est qu'une fois que vous avez fini de prendre votre douche que vous vous apercevez que le sol est en légère pente vers... la porte. L'eau qui tombe en quantité appréciable en dehors de la cuvette coule donc immanquablement vers le reste de la chambre, où elle se trouve absorbée par la moquette. Ce qui, je pense, n'était pas franchement le comportement attendu...

Autre exemple avec les salles de bains d'une chaîne d'hôtels internationale. Chaîne au sein de laquelle on a l'air d'aimer particulièrement les surfaces vitrées, tout en se montrant radin sur leur taille. Ici, on prend la douche dans la baignoire, les éclaboussures devant être contenues par une paroi vitrée... trop petite. Là encore, après à peine cinq minutes de douche, c'est l'inondation. quand à l'ergonomie de l'ensemble, je préfère ne pas me lancer sur les contorsions auxquelles il faut se livrer pour entrer ou sortir de la baignoire, mais aussi se doucher sous le pommeau qui doit culminer à 1,70m de hauteur...

Ou encore cet hôtel de charme dans le sud de la France dont l'architecte d'intérieur n'a pas jugé utile de considérer l'étanchéité au niveau des portes. Ou cet autre dont les portes de cabine de douche sont équipées d'une astucieuse languette destinée à guider l'eau de ruissellement directement dans la cuvette, mais qui, parce que montées à l'envers, l'envoient directement à l'extérieur. Ou cette dernière dont la bonde d'évacuation n'est manifestement dimensionnée par rapport à l'énorme poire de douche que pour obtenir pédiluve en moins de cinq minutes. Etc.

Des exemples de ce tonneau, on en rencontre à la pelle. Heureusement, il y a aussi pleins de douches bien pensées et efficaces. Et ce sont très souvent les plus simples[1]. Globalement, je trouve tout de même assez impressionnant d'en trouver autant qui soient mal conçues aussi souvent. À croire que le dogfooding n'est pas de rigueur dans ce métier...


Normalement, vous devez commencer à vous demandez où je veux en venir avec mes histoires de douche. Nulle part en particulier, en fait ;)

Sinon à constater d'une part qu'il est des domaines sévèrement touchés par une incapacité de la part de certains professionnels à répondre efficacement à un cahier des charges, même simple. Ne serait-ce que pour parvenir à produire un truc qui marche. Juste un truc qui marche. Et à remarquer d'autre part que dans la plupart des cas cités ci-dessus, la conception avait manifestement été drivée par un soucis de design. Je ne sais pas vous, mais quand je sors d'une douche super jolie pour me rendre compte que le tapis de bain est trempe ou que je barbotte encore dans 2mm d'eau froide sur le carrelage, je ne garde pas un souvenir particulièrement exceptionnel de cette "expérience utilisateur"...

Maintenant, je me garderai bien de faire un parallèle avec un autre secteur d'activité...

Notes

[1] KISS ?